Ciò che zio Pietro significa per noi ancora oggi

En parcourant la splendide exposition virtuelle créée par Isabelle Dion pour le centenaire de la mort de Pietro Savorgnan de Brazza, nous devons admettre qu’elle a fini pour connaître notre aïeul aussi bien, sinon mieux que nous-mêmes. Si le centenaire a fortement rapproché nous les descendants les plus proches de Pierre, il a aussi permis à d’autres membres de la famille élargie, qui souvent connaissaient peu son histoire, de l’approcher, voir même de s’agiter naïvement au sujet du transfert des dépouilles d’Alger à Brazzaville sous le couvert d’arguments moraux.

Toujours-est-il qu’au cours de l’année écoulée, le message humaniste de Pietro a fini par pénétrer dans les esprits de tous ses descendants dans toute sa complexité. Inévitablement ce message a donné lieu à différentes interprétations. Tout en étant pour tous ses descendants un sujet d’admiration et de fierté, l’oncle Pietro ne représente pas la même chose pour chacun, ni en termes d’approche, ni en termes de comportement. Nous ne pouvons donc que parler pour nous-mêmes.

Le cosmopolitisme enraciné de Pietro lui avait, culturellement parlant, permis de développer plusieurs personnalités le rendant ainsi un intermédiaire entre cultures diverses et un précurseur des classes dirigeantes d’aujourd’hui. Ce qui nous fascine avant tout est en effet sa modernité, qui en a fait un maitre à penser, et notamment: sa lutte contre l’esclavage et son appui à la décolonisation (deux phénomènes qui sont dans leur substance loin d’avoir disparus), sa conviction, très rare à l’époque, qu’il n’y a pas des cultures supérieures, que chaque culture est le fruit d’une longue évolution et que c’est une erreur que de vouloir imposer à d’autres ses propres usages et coutumes, et enfin sa certitude que la croissance économique n’est pas une fin en soi, mais secondaire par rapport à la satisfaction des «Besoins Humains Fondamentaux» (manger à sa faim, se soigner, avoir un logement et recevoir une éducation). Tout en n’étant pas des altermondistes (ante litteram) comme lui, nous partageons son scepticisme concernant les effets de la libéralisation tous azimuts des échanges économiques et financiers, car les écarts de richesse sont devenus encore plus insupportables aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été, et, comme Pietro le craignait, l’Afrique est la grande perdante. Pietro a aussi été un pionnier dans l’usage des médias qu’il su exploiter pour établir avec son charisme un contact direct avec l’opinion publique afin de réaliser ses convictions profondes lorsque les pouvoirs publics lui mettaient les bâtons dans les roues

D’autres traits de son caractère sont restés aussi rares qu’à l’époque et hors du temps. Il s’agit de son esprit de justice et du sens du bien commun au service de la collectivité, de son égard particulier pour les plus faibles et les plus pauvres, de son approche pacifiste favorisant l’accord par rapport à la confrontation, l’humilité par rapport à l’arrogance, la palabre par rapport au fait accompli, la transparence par rapport à l’hermétisme, l’opinion publique par rapport aux gouvernants, et le bon sens individuel par rapport à la bureaucratie. Ce n’est pas toujours facile, il faut l’admettre, de suivre son exemple dans notre vie quotidienne.

Notre admiration pour cet homme, pour ses convictions profondes et sa passion, qui nous manquent tant aujourd’hui, et notre reconnaissance pour ce qu’il a accompli sont accompagnées par le sens du partage de sa désillusion lorsqu’il vit confirmée sa crainte que l’Administration, complice des sociétés concessionnaires, n’abandonne à leur tyrannie les populations du Congo. Peux importe alors s’il a été empoisonné par ces sociétés ou non, car son seul chagrin suffisait pour accéléré sa fin. .

L’oncle Pietro, un personnage à la fois admiré et contesté, a bien laissé une empreinte dans l’histoire des peuples ainsi que de toute évidence, dans nos vies.

Speronella et Niccolo’Savorgnan di Brazzà avec Corrado Pirzio-Biroli